Accompagner les élèves dans leur projet d’orientation

Publication : 14 octobre 2021

Aujourd’hui, le processus d’orientation est devenu plus complexe, car il n’y a plus de réponse assurée à la question "Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?". Le champ des possibles s’est considérablement ouvert, les métiers et le monde évoluent. Ces changements rapides entraînent de l’angoisse, voire de l’anxiété chez les jeunes qui doivent élaborer un ou plusieurs projets pour leur avenir. Accompagner au mieux les élèves dans ce processus d’orientation est devenu indispensable.

Trouver un équilibre

Coaching, mentoring, counseling, tutorat… l’accompagnement prend des formes plurielles, mais reste un phénomène social qui se généralise et se professionnalise depuis les années 2000. Autonomisation, individualisation et responsabilisation sont indissociables de la démarche. Accompagner, c’est favoriser l’émancipation des individus, les écouter et leur permettre de mettre en mots les situations qu’ils vivent pour qu’ils se remettent en mouvement et, ainsi, passent à l’acte.  Accompagner, c’est aussi constituer un binôme, s’engager à deux pour créer une situation "interlocutive", autrement dit un dialogue qui permettra, progressivement, de trouver des solutions à la problématique de l’orientation.

La mission des professionnels de l’accompagnement est de réunir les conditions permettant à la personne accompagnée de réfléchir en vue d’agir. Il est important de mettre en place un cadre qui structure cette relation à deux et crée un espace de confiance réciproque. Une fois ce cadre mis en place, le cheminement peut démarrer, mais il n’est pas installé une fois pour toutes : il faut l’entretenir. Cette relation dynamique doit être complémentaire, réciproque et coopérative, afin de trouver un équilibre dans l’échange.

Le parcours n’est pas exempt de tensions. On attend de l’accompagné qu’il soit autonome ; cependant, il est soumis à un contexte socio-économique qui impose un cadre et des repères. L’accompagnement à l’orientation est un paradoxe, dans le sens où c’est une démarche individuelle, mais intégrée socialement, donc dépendante des autres et de l’environnement. La posture professionnelle de l’accompagnant se heurte, elle aussi, à une contradiction : il ne faut rien imposer, pourtant un résultat est attendu. De même, le professionnel est un expert du processus d’accompagnement sans être un spécialiste de chaque situation. Ces tensions, il faut être capable de les analyser pour les intégrer dans sa pratique, sans les nier. Il s’agit de garder l’équilibre et de construire une démarche qui s’appuiera sur des bases solides.

La posture de l’accompagnant

La posture professionnelle spécifique de l’accompagnant est composée de trois figures qui, ensemble, entraînent la mise en mouvement de l’accompagné : d’abord, celle du clinicien, qui laisse la place à l’autre sans se substituer à lui ; ensuite, celle du maïeuticien, qui maîtrise l’art du questionnement et sait travailler sur les représentations que l’autre se fait de sa situation et de lui-même en situation ; enfin, celle du passeur, qui se met en retrait pour laisser la personne accompagnée actrice de son cheminement.

Accompagner implique, par ailleurs, de suspendre des attitudes directives comme le jugement, l’interrogatoire ou l’interprétation. Le conseil et le soutien qui, poussés à l’extrême, entravent l’autonomie et la responsabilisation de la personne accompagnée, sont également à proscrire.

Faire un pas de côté

La démarche d’accompagnement peut être présentée comme l’exploration méthodique d’une situation par l’art du questionnement. Elle se fait en trois temps : un début, un milieu et une fin (qui devient un nouveau début). Chaque échange, chaque entretien suivra ces trois étapes, qui sont indispensables pour atteindre les objectifs fixés conjointement par l’accompagnant et par l’accompagné. Au cœur de cette démarche se trouve le dialogue, autrement dit la capacité à penser ensemble. La trajectoire n’est pas linéaire, puisque des allers-retours s’opèrent entre les trois phases du processus de problématisation, ce qui permet de s’adapter au rythme de chacun. Lors de la première phase ("poser"), la personne accompagnée met en mots, autrement dit décrit sa situation. La deuxième phase ("construire") est celle de l’exploration et de l’investigation autour de ce qui fait obstacle. L’approfondissement de la situation initiale, grâce au questionnement, permet de dessiner des perspectives et de sortir de l’impasse. Enfin, la troisième phase ("élucider") vise à ouvrir des possibles et, pour la personne accompagnée, à se projeter en vue d’agir.

Appliquée à l’orientation, la démarche d’accompagnement doit permettre de faire « un pas de côté » pour changer d’angle de vue et entrevoir des perspectives. Donner cette dynamique, c’est "mettre en présence à soi-même" la personne accompagnée, afin qu’elle puisse prendre conscience de sa situation et la décrire. L’accompagnant pourra ainsi questionner ce qui est favorable ou ce qui pose problème : il génèrera ainsi le décalage nécessaire pour la mise en mouvement. Il ne s’agit pas de livrer des solutions toutes faites, mais bien de créer les conditions pour expliciter et problématiser une situation afin de dégager "le petit pas d’après", cette première action accessible, qui a du sens et produit du changement. Dans le cadre d’une démarche d’orientation, la difficulté sera de trouver l’équilibre entre ce qui est favorable pour le jeune accompagné, ce qui est envisageable et acceptable socialement parlant et surtout ce qui est désirable par lui. Ce travail d’équilibriste nécessite une posture professionnelle assurée et une démarche cadrée.

Du binôme au collectif accompagnant

Ce travail en binôme est transposable à plus grande échelle, l’accompagnant guidant un groupe d’individus vers la constitution d’un collectif autonome. À condition, bien sûr, de conserver la même exigence éthique.

Dans un collectif, chacun est présent avec sa singularité, sa propre situation, ses possibilités, ses expériences et ses envies. Le rôle du professionnel accompagnant est de conjuguer cette diversité pour atteindre l’objectif fixé par le collectif. Dans le cadre de l’accompagnement des jeunes dans un processus d’orientation, mutualiser leurs envies en formant de petites équipes est un levier qui permet une dynamique intéressante. Les discussions et débats entre pairs sont encore plus riches que lorsqu’ils sont orchestrés par l’adulte accompagnant.

Un collectif autonome doit être compris comme une entité qui rassemble et coordonne la participation de plusieurs individus, dans le but de faire aboutir une production commune. Il est composé de membres à parité, c’est-à-dire conjuguant une diversité de points de vue, d’expériences et de compétences. Le collectif accompagnant mobilise des principes et des dynamiques. Il énonce ses propres règles de fonctionnement et attribue des rôles, dont le respect garantit le déploiement de l’activité collective. Il se dote d’un protocole structuré permettant la mise en action du groupe et des individus.

Partager, dialoguer, échanger

Trois dynamiques doivent être mises en œuvre pour faire exister un collectif accompagnant. La première, dite "de partage", instaure une parité, dans laquelle chacun partage des informations, des objectifs et les moyens à mobiliser. Cela suppose de l’écoute, des échanges et des questionnements. Une deuxième impulsion, dite  "dialogique", sollicite une réciprocité qui permet une exploration commune, c’est-à-dire qu’on va réfléchir et se questionner ensemble. Cela sous-entend que la parole puisse circuler entre les personnes. Le troisième mouvement résulte d’un "pouvoir d’agir partagé", donc d’une mutualisation des compétences avec, à la clé, des espaces de communication coopérative pour penser et produire ensemble. Cela requiert de pouvoir être soi et avec les autres : (se) parler, (s’) écouter, (se) comprendre, (se) questionner.

Pour qu’un collectif soit accompagnant, quelques conditions doivent être réunies. Tout d’abord, il faut apprendre à penser et à chercher ensemble. La confrontation des idées entre pairs, les échanges sont essentiels pour créer un espace où on va co-construire des connaissances qui, ensuite, pourront être structurées. C’est ce dialogue discipliné qui permettra d’atteindre les objectifs fixés.

Pour conclure, on peut dire que l’accompagnement d’individus dans leur démarche d’orientation n’est pas une science exacte. Une posture spécifique et professionnelle ainsi qu’une démarche centrée sur l’autre sont autant d’outils pour donner une dynamique positive et permettre aux jeunes d’agir pour leur parcours. La principale difficulté est certainement de trouver sa place entre les différents paradoxes : ne rien imposer, mais solliciter et préserver l’autonomie, tout en visant des résultats. Ce dernier élément demande d’ailleurs une attention particulière : quels doivent être ces résultats ? On peut avancer qu’il s’agit de favoriser l’émancipation des jeunes accompagnés et de réussir à leur faire esquisser ce "pas de côté" qui ouvrira le champ de leurs possibles et leur permettra de se projeter dans leurs propres perspectives.

Bibliographie

  • Fabre Michel, Éduquer pour un monde problématique : la carte et la boussole, Presses universitaires de France, 2011
  • Lhotellier Alexandre, Tenir conseil - Délibérer pour agir, Seli Arslan, 2001
  • Paul Maela, L'accompagnement, une posture professionnelle spécifique, L'Harmattan, 2004
  • Paul Maela, La démarche d'accompagnement, De Boeck, 2016, réédité en 2020
  • Paul Maela, Une société d'accompagnement, Raison et Passions, 2021
  • Paul Maela, "L’accompagnement : une posture professionnelle spécifique", conférence à l’Onisep, juin 2021