Un emploi, même sans diplôme ?

Publication : 1er octobre 2020

Dans un contexte de chômage, les jeunes sans qualification ont du mal à s’insérer. Pourtant, un certain nombre d’emplois leur sont accessibles.

Sans diplôme, une insertion plus difficile

Chaque année, près de 100 000 jeunes quittent encore l’école sans diplôme. Pour la plupart d’entre eux, l’insertion dans la vie active n’est pas facile. Ils peinent à trouver un poste stable et enchaînent souvent des emplois précaires, entrecoupés de périodes de chômage plus ou moins longues.

Un marché du travail concurrentiel

Tout d’abord, dans un contexte économique difficile, les jeunes les moins bien formés se retrouvent, sur les postes auxquels ils pourraient prétendre, en concurrence avec d’autres candidats plus diplômés. La plupart des recruteurs préfèrent embaucher des jeunes surqualifiés, estimant qu’ils seront plus efficaces et capables d’évoluer. Certaines entreprises s’efforcent cependant de donner leur chance aux non-diplômés qui, tout en étant fâchés avec l’école, disposent de vraies compétences. Dans cette optique, elles pratiquent le recrutement par mise en situation professionnelle et embauchent ceux qui font l’affaire, sans considération pour leur niveau de diplôme.

Autre difficulté, nombre d’emplois de services ouverts aux peu ou non-diplômés sont plutôt occupés par des personnes d’un certain âge : c’est le cas, par exemple, pour les assistantes maternelles. On compte en revanche de nombreuses jeunes femmes dans les activités d’aide aux personnes âgées ou de garde d’enfants au domicile des parents. Ensuite, les conditions d’emploi dans certains de ces métiers, en termes de pénibilité ou de salaires, les rendent peu attirants aux yeux des jeunes. Les employeurs se tournent bien souvent vers une main-d’œuvre récemment immigrée, moins exigeante, comme on l’observe dans la restauration ou les services à la personne.

Et pourtant, si vous n’avez pas de diplôme, sachez que de nombreux métiers vous demeurent accessibles dans le bâtiment, la mécanique, la manutention ou encore les services (employé dans l’hôtellerie-restauration, agent d’entretien…). Le nombre d’emplois ne requérant pas un niveau de formation initiale élevé devrait rester significatif dans l’avenir. Ce qui ne veut pas dire qu’ils ne nécessitent pas de vraies compétences et, notamment, le sens des responsabilités.

Des recruteurs de plus en plus exigeants

Par ailleurs, pour beaucoup de postes considérés jusqu’à présent comme peu qualifiés (agents de sécurité, par exemple), le niveau d’exigence des employeurs s’accroît désormais, sous l’effet notamment de la réglementation. Pour d’autres postes, les compétences à mettre en œuvre sont bien réelles, mais ne sont pas toujours reconnues, d’où leur faible rémunération. C’est ainsi le cas de nombreux emplois dans les services à la personne, généralement occupés par des femmes.

Enfin, les non-diplômés ne sont pas tous logés à la même enseigne. Leur insertion varie beaucoup en fonction de la spécialité qu’ils ont suivie : ainsi, elle est généralement meilleure pour ceux qui viennent des filières industrielles. Surtout, les jeunes qui ont arrêté leurs études dès le collège sont bien plus exposés aux risques de chômage et de précarité que ceux qui ont quitté le système éducatif en première ou en terminale.

Une seconde chance pour les décrocheurs

Pour ces "décrocheurs", les possibilités de reprise d’études se multiplient cependant, que cela soit par la voie scolaire, l’alternance ou en faisant appel à la "garantie jeunes" proposée par les missions locales. D’après le Céreq, 10 % des jeunes sans diplôme ont démarré un nouvel épisode d’études dans les 3 années qui ont suivi la fin de leur formation initiale en 2013 (cette proportion s’élevait à 8 % pour ceux qui avaient arrêté leurs études en 2010). Ils sont en outre 21 % à avoir suivi une formation, généralement proposée par Pôle emploi (contre 20 % pour la génération 2010). De quoi repartir sur de bons rails et faciliter l’insertion professionnelle !

Avis d'experts : "Une exigence croissante pour des compétences de base en numérique"

Cécile Jolly, cheffe de projet prospective des métiers et des qualifications et Martin Rey, chargé d’études, à France Stratégie

Quelles sont les compétences les plus demandées sur le marché du travail ?

Les compétences liées au numérique sont très demandées. C’est surtout vrai pour les métiers techniques : gestion, maintenance et conception de réseaux informatique, analyse de données… Mais ce le sera plus encore en 2030. De même, les compétences liées au respect des normes et réglementations sont très importantes. C’est notamment le cas dans les services et le commerce avec le RGPD (règlement général sur la protection des données) qui protège les données à caractère personnel des usagers et clients. Enfin, partout, les compétences relationnelles ou organisationnelles sont de plus en plus importantes, ainsi que l’exigence d’autonomie.

Les compétences numériques sont exigées partout, y compris dans des métiers de service ?

Dans tous les domaines, l’exigence est croissante pour des compétences de base en numérique, mais aussi en "numératie", c’est-à-dire en calcul et en analyse de données, et en "littératie", c’est-à-dire en lecture et écriture.

Par exemple, une aide à domicile ne doit pas seulement savoir aujourd’hui assister les personnes fragiles mais aussi remplir pour elles des formulaires sur internet. De même, un vendeur a besoin d’avoir des connaissances de base en informatique et en calcul pour gérer ses stocks. Et dans le marketing, le traitement des données concernant les clients est devenu essentiel.

La reconnaissance de ces compétences progresse-t-elle ?

L’appareil de formation – initiale et continue – ne valide plus seulement des diplômes mais aussi la reconnaissance de ces compétences ! C’est notamment l’une des missions de Franc compétence, l'organisme qui finance et contrôle la formation professionnelle.

Toutefois, dans certains métiers, la formation continue reste faible et les compétences peu valorisées. C’est le cas par exemple dans le domaine métiers de l’aide et des soins à la personne, ou dans celui de la garde d'enfants. La croissance récente des prestataires-employeurs dans ces professions va dans le bon sens en permettant des transmissions de savoir dans les collectifs de travail et en assurant une meilleure prise en charge de la formation.

Mais ces métiers, faiblement rémunérées, demeurent peu attractifs. Dans les pays scandinaves, ces services sont assurés dans le cadre d’emplois publics ou semi-publics reconnus. En France, peut-être que les besoins en main-d’œuvre dans ces domaines feront bouger les lignes.