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Mon métier au quotidien

Luthière : une artisane d’art au chevet des violons

Métiers d'art

Sillets, âmes, éclisses, chevalet… Le monde de la lutherie a son propre langage. Un langage technique, précis et musical, à l’image du métier de luthier. Ce professionnel de la facture instrumentale fabrique et répare les instruments à cordes tels les violons, violoncelles, altos ou encore contrebasses. Mylène L., luthière à Lyon dans l’atelier de Christian Charlemagne, nous éclaire sur ce métier d’art.

Mylène L., luthière © Onisep Normandie Rouen

De la naissance à la renaissance instrumentale

Les missions du luthier sont variées. Mylène s’occupe ainsi du "parc de location", c’est-à-dire qu’elle reçoit des instruments de fabrique qu’elle monte et dont elle règle la sonorité avant de les louer voire de les vendre aux clients. Elle vérifie les instruments au retour des locations, réalise de la vente d’accessoires (cordes, colophane…) tout en conseillant le client : "quelle corde utiliser pour jouer avec tel instrument ? Quel archet choisir ?" Mais sa principale activité reste la réparation et le montage : "on refait souvent l’âme et le chevalet", nous dit-elle. Autres réparations : le rabotage des touches, le recollage des bords, la réalisation de nouveaux sillets… Sans oublier la réparation des fractures ainsi que les retouches de vernis. Pas de fabrication d’instruments pour cet atelier lyonnais. Du moins très peu : "si je fabrique un violon chez moi, je peux le mettre en dépôt-vente à l’atelier. Mais l’essentiel des instruments que l’on vend sont des instruments neufs montés à l’atelier ou des instruments anciens restaurés et également montés à l’atelier".

L’artisanat au service de l’art musical

Mylène L., luthière

Mylène L., luthière

Pour effectuer toutes ces réparations, Mylène utilise de nombreux outils.
"je travaille principalement avec des canifs, un rabot et des limes. Pour le montage et le réglage de sonorités, j’utilise une pointe à âme." A chaque tâche son outil ! De nombreux produits sont également utilisés, notamment lors des retouches de vernis : alcool, pigments et bien sûr vernis. Très manuel, ce métier demande aussi des connaissances théoriques pointues : sur les propriétés et qualités des différents bois notamment. "Il y a 3 principaux bois en lutherie : l’épicéa, l’ébène et l’érable. Il faut savoir analyser la qualité du bois, car il existe de l’épicéa de bonne qualité et de l’épicéa de mauvaise qualité, par exemple". Autre compétence indispensable : "avoir l’oreille musicale". Sans cela, "on ne peut entendre de différence dans les réglages sonores". Pour acquérir cette oreille, il faut soi-même être musicien ou écouter de la musique classique. Mais quoi de plus naturel quand on est passionné par les instruments comme l’est le luthier ?

La recherche de la perfection

Cette passion, Mylène l’a depuis longtemps. C’est ce qui lui permet de s’investir dans son travail et de chercher à toujours plus s’améliorer.
"Quand tu débutes, tes yeux voient plus vite le niveau de qualité et de finition qu’il faudrait que tu atteignes que ta main, pas encore assez expérimentée pour atteindre ce niveau. C’est frustrant, mais il faut quand même avancer et se dire que ça finira par venir". Pour Mylène, cette recherche de la perfection est "sans fin" : "on essaie toujours d’atteindre un certain niveau. Mais quand on atteint ce niveau, on voit des défauts encore plus fins qu’on ne voyait pas auparavant. Donc on essaie d’accéder à un niveau encore au-dessus". Et ainsi de suite.

Un rêve inaccessible ?

La perfection serait-elle inaccessible ? Rien n’est moins sûr ! Mais l’important est d’essayer de l’atteindre, de persévérer et de progresser ! La volonté et la ténacité semblent être 2 qualités essentielles pour réussir dans la lutherie, et même pour y entrer. Car ne devient pas luthier qui veut ! Ce métier n’ouvre ses portes qu’à peu d’élus. "Il y a plus de jeunes qui sortent des écoles que de places vacantes", déplore Mylène. Et pourtant rares sont les écoles de lutherie. Il n’y en a qu’une en France : l’école de Mirecourt, dans les Vosges, qui prépare au DMA lutherie. "Ce n’est pas simple d’y entrer : ils reçoivent entre 150 et 200 dossiers par an, en sélectionnent 23 pour un entretien et n’en retiennent que 11 au final". Entre 5 et 7% de chance d’être pris… Cette chance, Mylène a su la saisir après un bac L option musique et 3 ans de musicologie à la fac : "j’avais envie de faire quelque chose de concret de mes mains, tout en restant dans la musique. J’ai donc fait un premier stage chez un luthier lillois qui a confirmé mon souhait de devenir luthière : le simple fait d’être dans l’atelier me remplissait de joie !" Mylène intègre donc l’école, multiplie les stages et passe désormais sa vie à prendre soin des violons.
Son rêve ? Se consacrer à la fabrication. Mais "ce ne sera pas possible avant une dizaine d’années : les ateliers de fabrication sont rares !" 
Se mettre à son compte alors ? Oui, mais "il faut être très doué et un peu fou aussi !" De la passion à la folie, il n’y a qu’un pas Mylène : alors rendez-vous dans une dizaine d’années…

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