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Mon métier au quotidien

Bronzier : le dompteur de métal

Métiers d'art

Le bronze n’a pas de secret pour lui. Né du mélange du cuivre et de l’étain, cet alliage naît, prend forme et se modèle entre ses mains expertes. Sculptures, statues, luminaires, serrures ou encore pièces d’ameublement sont ainsi restaurés ou créés grâce à des gestes traditionnels et très techniques. Patrick Bais, bronzier, nous explique son métier. Rencontre.

Patrick Bais, bronzier © Onisep Normandie Rouen

Plusieurs métiers en un

« Pour réaliser un bronze, il faut plusieurs métiers différents », commence par expliquer Patrick. Tout d’abord le fondeur qui « coule le bronze » d’après un modèle préétabli. Puis le tourneur qui profile sur un tour les pièces rondes. Le monteur « réalise les assemblages » de la pièce, les soudures éventuelles, etc. Le ciseleur sculpte des motifs et crée des volumes : « on scelle la pièce sur un boulet de ciseleur et on trace alors les finitions (les nervures sur un feuillage par exemple). On peut aussi donner une granulation au métal, pour plus de relief. » Interviennent enfin le décorateur sur métaux, le polisseur ou encore le doreur. « Un bronze reste rarement à l’état naturel : il peut être verni, doré, patiné… » Seul dans son atelier, Patrick fait « le tournage, le montage, la ciselure, la dorure, les patines. » Polyvalent, il travaille le bronze mais aussi le cuivre et éventuellement l’argent massif et se consacre désormais à la restauration. « Je restaure surtout des objets de décoration d’intérieur : console, pendule, entrées de serrure, clés, lustres… » Patrick a aussi restauré « les statues de 3,50 m de haut qui se trouvent devant le Palais de justice du Havre ». Mais il ne fait plus la statuaire « faute de place et de moyens techniques ».

Des compétences élargies

Car qui dit métier manuel, dit machines encombrantes ou du moins nombreux outils. L’atelier de Patrick regorge en effet de trésors pour tous les manuels dans l’âme. « Cette machine par exemple sert à polir et brosser le métal. Sur l’établi vous avez des limes, des scies très fines. Près du tour se trouvent des outils de repoussage. » Au fond de l’atelier, près du boulet de ciseleur, on aperçoit une cuve servant à la dorure et transformant notre bronzier en chimiste : « la dorure se fait par électrolyse, par la transmission du courant entre une anode et une cathode. La cuve renferme un bain de solutions chimiques avec de l’or en dissolution. Par le déplacement du courant de l’anode à la cathode, c’est-à-dire de la pièce à une anode, le métal en dissolution vient se déposer sur l’objet ». La pièce dorée est ensuite plongée dans « une solution de nitrates ». Au final on obtient une « dorure relativement mate. Pour rendre la pièce brillante, on utilise des brunissoirs ». Très technique, le métier demande également des connaissances en histoire de l’art : « il faut connaître l’époque à laquelle se rapportent les éléments de décoration, savoir quelle technique a été utilisée. »

Passionné par le travail du métal

Patrick Bais, bronzier

Patrick Bais, bronzier

Patrick Bais, bronzier

Toutes ces compétences, Patrick les a acquises durant ses études, mais aussi sur le terrain. « J’ai suivi une formation de 5 ans à l’école Boulle », nous dit-il. « On y apprend le dessin, l’histoire de l’art, on travaille en atelier… On étudie un peu tous les domaines de la fabrication des objets d’art utilisés dans la maison ». 
Né d’un père ébéniste, Patrick a toujours « navigué » dans son atelier : « l’univers de la décoration, des métiers d’art me plaisait. C’est un peu par hasard que j’ai opté pour le métal, au sein de l’école. » Au sortir de l’école, il exerce pour un bureau d’études et réalise les agencements de magasins de vêtements, puis de grands hôtels parisiens. « J’ai également travaillé pour un staffeur qui créait beaucoup pour les émirats arabes. Et puis je me suis aperçu que travailler le métal me manquait ». Il se consacre alors au bronze et reprend un atelier à Rouen. Il y reste 25 ans avant de déposer le bilan en 2005. Meilleur ouvrier de France, il s’est depuis installé un atelier plus petit à domicile.

De multiples contraintes et difficultés

Ses clients sont aujourd’hui « essentiellement des particuliers ». Les commandes des antiquaires, des Monuments historiques ou encore du Clergé se font rares. Même la clientèle des particuliers s’amenuise : « les jeunes ont moins d’attrait pour ce genre de pièces. N’étant plus informés, éduqués aux objets d’art, ils ne s’y intéressent pas », déplore Patrick. De même la relève dans ce métier n’est pas assurée. « La plupart des artisans avec lesquels je travaille approche de la soixantaine. » Comment expliquer un tel désintérêt ? Pour Patrick, les contraintes économiques et environnementales sont telles qu’un bronzier peine à s’en sortir : « les normes de sécurité sont de plus en plus draconiennes, il faut des agréments particuliers… » Si vous voulez faire de la dorure en grosse quantité par exemple, vous devez « monter une station d’épuration, ce qui n’est pas envisageable pour un petit artisan ». En outre, « les techniques sont longues à apprendre. Le minimum est un CAP, mais si vous voulez être autonome, il faut connaître plusieurs métiers (ciseleur, tourneur, monteur …). Or apprendre tout cela en 2 ans est impossible. Il faut au moins 5 années d’études après le bac, pour gagner parfois moins que le smic… » Désabusé, Patrick s’inquiète de l’avenir de ce métier. Pourtant cela fait plus de 30 ans que ses mains manient le bronze : « je m’en sors parce que j’ai réduit mes charges et mon atelier. Quand je me suis lancé, ça a été l’aventure. Il faut vraiment y croire pour s’attaquer à ce métier. C’est un métier de passion ! » Mais sans passion, la vie ne serait-elle pas trop monotone ? Avis aux amateurs de bronze…