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Mon métier au quotidien

Brodeur : l’embellisseur des tissus

Métiers d'art

Ses matières premières sont les perles, les paillettes, les fils… Ses outils ? Des aiguilles, mais surtout ses mains ! Artisan et artiste à la fois, le brodeur met en valeur vêtements, linge de maison ou encore tapisseries d’ameublement. Jean-Marie Buhan, brodeur passionné pour la haute-couture, nous explique son métier. Rencontre.

Jean-Marie Buhan, brodeur © Onisep Normandie Rouen

Enrichir un tissu

"La broderie consiste à enrichir un tissu pour le rendre plus noble". En d’autres termes, comme Jean-Marie l’expliquait à ses enfants :
"je fais des robes de princesse, pour des maisons de haute-couture." Jean-Marie "brode principalement des robes, des bustiers, des blouses…" Des vêtements donc mais surtout féminins. "Quand j’ai commencé à broder, j’avais dans l’idée de broder des doubles rideaux, de restaurer les canapés anciens au point de Beauvais… Et puis un jour, j’ai travaillé dans la haute-couture et je ne fais plus que ça désormais". Comment s’y prend-il ? "Il y a plusieurs techniques" : broderie à l’aiguille, broderie de Lunéville au crochet, broderie à la machine Cornelly… Mais avant de commencer à broder, le brodeur doit déchiffrer les attentes du créateur : "les créateurs ont dans la tête un "poème" dont les mots sont dans le désordre. A moi de les remettre dans l’ordre." Le brodeur, ou échantillonneur, réalise donc un dessin de la future broderie et commence à broder une fois ce dernier validé par le créateur. C’est là qu’interviennent les perles, les paillettes et les fils. Mais pas seulement. "On utilise beaucoup de matériaux différents en broderie, comme du plastique, du silicone, des clous, des feuilles naturelles plastifiées…"

Talent, passion et travail

Jean-Marie Buhan, brodeur

Jean-Marie Buhan, brodeur

Jean-Marie Buhan, brodeur

L’art est sans limite, ou presque. Encore faut-il avoir le talent nécessaire. Même si les créateurs ont un "poème" brodé dans leur esprit, il n’est pas toujours facile pour les brodeurs de "dessiner" ce poème. "On met parfois 60 heures pour un échantillon. C’est intéressant, parce qu’on cherche, on fouille dans les matériaux. Et quand vient le moment de présenter au créateur ce qu’on a réalisé, ce qu’on a cru comprendre qu’il fallait qu’on fasse, on se demande si cela va plaire et c’est excitant !" La phase de réalisation est elle aussi intéressante d’après Jean-Marie : "on sait ce qu’on a à faire, on se pose. Le geste est un peu répétitif, presque hypnotiseur. C’est très apaisant". 
En résumé, tout plaît à ce passionné. Mais talent et passion ne suffisent pas. "La base, c’est la connaissance du métier." Il faut "connaître les exigences de chaque point ainsi que des tissus car la matière nous commande beaucoup. Il faut sentir les tissus et surtout les respecter." Enfin, quand on travaille dans la haute-couture, la rapidité est essentielle : "avant, les collections se faisaient sur 6 mois. Maintenant elles se font sur 3 semaines. Il faut donc aller vite, cibler la demande des créateurs, être efficace et faire de l’effet. Ça demande énormément de travail."

 

Une évidence

Ce qui est inné par contre, c’est l’amour que porte Jean-Marie à son métier. Et pourtant, rien ne le prédestinait à devenir brodeur. "J’ai découvert la broderie par hasard, grâce à ma femme qui m’avait lancé le défi de réaliser une broderie Richelieu. A partir de ce moment-là je n’ai plus quitté les aiguilles." Jean-Marie reprend ses études et intègre l’école Lesage à Paris. En sortant, il travaille à domicile pendant un an et demi et entre peu de temps après chez Jean-Paul Gaultier. De simple brodeur il devient premier d’atelier pendant 10 ans. Après un plan social chez Jean-Paul Gaultier, il décide d’ouvrir sa propre maison de broderie. Il y a un peu plus d’un an et demi, il est rappelé sur Paris : "je travaille aujourd’hui chez Lesage. La boucle est bouclée car je travaille avec les personnes qui m’ont appris mon métier", se réjouit Jean-Marie. Même s’il travaille sur Paris, Jean-Marie continue de broder chez lui : "j’ai mis mon entreprise en veille. Je ne veux pas la fermer pour le moment car on ne connaît pas l’avenir. Donc je continue à réaliser des échantillons pour mes clientes." Broder est vital pour cet insatiable : "Si je ne brode pas pendant 2 ou 3 jours, mes mains s’ankylosent." Plus qu’une "évidence", la broderie est un "besoin" pour lui.

"Ce qui brille ne nous appartient pas"

Comme souvent dans les métiers passion, "il ne faut pas faire ce métier pour l’argent". "On travaille pour le luxe, mais on n’en fait pas forcément partie". En outre, "c’est un métier rare, il n’y a pas beaucoup de places", ajoute Jean-Marie. "Les maisons de couture et la clientèle sont sur Paris". "Il existe de petits ateliers en province, mais ils ne constituent pas vraiment un débouché : il faut monter sur la capitale ou travailler à domicile une fois que l’on a fait ses preuves". Ce qui n’est pas facile non plus. Pour percer dans la broderie, une seule solution : persévérer, y croire et surtout rester humble : "artisan signifie être au service de", explique Jean-Marie. Il ne faut pas l’oublier si l’on veut progresser et évoluer dans ce métier. Malgré sa grande expérience, Jean-Marie apprend encore : "certaines techniques et matériaux existaient il y a 40 ans. Je ne les ai jamais utilisés depuis 20 ans que je suis brodeur et ils ressortent aujourd’hui. Ce sont des "bigoudis", espèces de tortillons de soie ou des "poux", micro-paillettes que les créateurs utilisaient beaucoup dans les années 80. J’apprends encore et il faut apprendre tout le temps, tout le temps, tout le temps !" Ainsi conclut Jean-Marie.

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