Classe pour non-francophones : "un an pour se (re)construire"

Rencontre avec Caroline Burban, enseignante, à Paris, dans une classe spécifique pour les élèves allophones arrivants.

Drapeaux d'une multitudes de pays à l'image des élèves fréquentant les classes allophones

Ancrer les apprentissages

UP2A_caroline_Burban

Caroline Burban travaille à l’EREA (établissement régional d’enseignement adapté) Alexandre Dumas,Paris 15e en UPE2A (unité pédagogique pour les élèves allophones arrivants). Agés de 15 à 18 ans, ses élèves ont récemment migré sur le sol français. Pendant 1 an, ils bénéficient de 30 heures d’enseignement dans une classe dédiée avant de poursuivre dans un cursus classique (classe dite fermée). 18 heures par semaine, Caroline Burban leur enseigne le français langue seconde (FLS) et le français langue de scolarisation (FLSCO) abordant un lexique interdisciplinaire.

Pour une meilleure appropriation des savoirs, elle base son enseignement sur une pédagogie de projets, tournée largement vers le cinéma et les sorties culturelles.

"Travailler sur le lexique de plusieurs disciplines par le biais de la découverte permet ainsi aux jeunes d’établir tout un réseau de connexions et d’ancrer leurs apprentissages de façon plus rapide et stable".

Visites d’expositions, mise en scène de textes, tous les projets poursuivent un même objectif : ancrer, favoriser l’apprentissage et la mise en mémoire.

Des activités riches et diversifiées

Avec l’association Cinémas indépendants parisiens, la classe est engagée dans le projet "lycéens et apprentis au cinéma". Les jeunes élèves bénéficient ainsi de projections de films, en français ou dans une autre langue, ce qui leur permet de travailler la compréhension des sous-titres.

Les films projetés doivent amener les jeunes à mener leur propre réflexion et à élargir leur vision du monde. Les genres cinématographiques (humour, animation, psychologie…) et les sujets (histoire, évolutions techniques...) abordés sont très différents. Selon les thèmes choisis, certaines sensibilités sont à ménager. Le recours aux films d’animation est alors précieux.

"Les films d’animation permettent une mise à distance : les jeunes sont dans une position d’observateur et ne se sentent donc pas personnellement impliqués."

L’an dernier, dans le cadre du dispositif  "Lycéens au cinéma", la classe a monté un film d’animation avec l’aide d’un réalisateur de films et du professeur d’arts appliqués de la classe. Les élèves ont inventé les décors du film, projeté dans l’auditorium de la Mairie de Paris devant un large public (élèves, professeurs, réalisateurs de films). Un pas de plus vers l’estime de soi pour ces jeunes élèves…

Autre activité, la découverte des monuments nationaux avec une guide. Celle-ci organise des ateliers en complément des visites. Par exemple, à l’aide d’une maquette et d’outils, les jeunes façonnent des éléments de construction découverts avec la guide ou encore, grâce à différentes huiles essentielles, il leur faut relier des senteurs à certains éléments de leur visite.

Au programme également, la découverte d’un jardin partagé permettant d’étudier le lexique botanique mais aussi de réaliser une fresque collaborative du jardin, avec des jeunes en situation de handicap.

Un accompagnement global

Organiser la pensée de ces jeunes, aux niveaux souvent très hétérogènes, en pleine construction de leur personnalité et au passé parfois assez lourd, réclame beaucoup d’investissement de la part des enseignants. A l’Erea Alexandre Dumas, un service médico-psycho-social accompagne ce public particulier au travers de différents ateliers, portant notamment sur l’expression des émotions.

Un objectif essentiel : aider ces jeunes à construire leur parcours d’adolescent, puis d’adulte citoyen et futur professionnel.

 

Que font les élèves après l’UPE2A ?

Les élèves doivent exprimer des vœux de poursuite d’études, le plus souvent en CAP, parfois en bac pro et même pour certains en bac technologique. Des mini-stages en lycée professionnel et des stages en entreprise leur permettent de découvrir différents métiers avant de se prononcer. Chaque jeune rédige un rapport, qui rentre dans l’évaluation d’un premier niveau de qualification, le CFG. Certains élèves peuvent aussi être inscrits au DNB, si leur niveau le permet. Dans tous les cas, les jeunes d’UPE2A passent également le DELF.

Les UPE2A dans les collèges et les lycées d’Ile-de-France

 

Dans des établissements scolaires, les UPE2A accueillent tout au long de l'année des élèves arrivés de l'étranger. Ils sont orientés vers ces classes spécifiques après avoir été reçus par le Casnav. Un parcours adapté à leurs besoins est proposé après un test de connaissances. Dans le 2nd degré, les UPE2A existent en collège et en lycée ou Erea.

 

UPE2A

 

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