Portrait de Raphaëlle Rinaldo, Responsable Scientifique au Parc Amazonien de Guyane

Guyane - Cayenne / Publication : 10 janvier 2020
« Ambition : réussite ! » propose une série de portraits de jeunes guyanais passionnés par leurs professions. Déclinée sous forme d’interviews, elle permet de découvrir des parcours scolaires et universitaires et des métiers. L’occasion de partager des expériences et de créer des vocations !

 RINALDO

Raphëlle

34 ans

Cayenne

Responsable Scientifique au Parc Amazonien de Guyane

Parlez nous de votre profession ?

Je suis Responsable Scientifique au Parc Amazonien de Guyane.

Je gère la majorité des programmes scientifiques qui se déroulent sur le Parc Amazonien.

Je m’occupe d’écologie, de  gestion des ressources naturelles et de vulgarisation scientifique c'est-à-dire, comment rendre les résultats des programmes scientifiques accessibles à tout public.

Je travaille en relation avec le monde de la recherche scientifique, chercheurs et laboratoires, et les communautés autochtones et locales.

 

Présentez nous sommairement votre entreprise ?

Le Parc amazonien de Guyane a pour mission de protéger et de gérer le patrimoine naturel et culturel du Sud de la Guyane (Maripa-Soula, Papaïchton, Camopi, Saül et une partie de Saint-Elie) mais également d’accompagner les communes et leurs habitants dans leurs projets de développement durable, dans le respect de leur mode de vie.

Dans mon service, nous avons en ce moment,  deux projets scientifiques importants autour des pratiques de chasse et de pêche des habitants du Sud de la Guyane. Ce sont des projets participatifs. Pour ce faire, il est indispensable de travailler en corrélation avec les habitants et  prendre en compte leurs coutumes et leurs besoins réels.

Exercer cette profession, est-ce l'aboutissement d'un rêve, d'une passion, d'un choix de raison ?

Cette profession n’est pas l’aboutissement d’un rêve car plus jeune, j’aspirais à être pilote de ligne ou mécanicien d’hélicoptère. Ce n’est pas non plus un choix de raison car j’ai toujours suivi des filières ou voies que je j’aimais durant mes études. C’est juste le résultat de choix effectués par conviction et curiosité. Ce qui est important pour moi depuis très jeune c’est d’aimer ce que que je fais, toujours, tout le temps.

Le déclic s'est il produit au collège ? Au lycée ? Au cours de vos études supérieures ? Ou y êtes-vous arrivée par un concours de circonstances ? 

En Terminale, j’ai choisi de me diriger vers le domaine scientifique au lieu de la musique même si les deux domaines me passionnaient. Je suis arrivée au Parc après mon doctorat par un concours de circonstances qui m’a fait m’intéresser à ses activités, auxquelles j’ai adhérée.

Puis, j’ai postulé pour le poste de responsable R&D écologie qui est devenu un poste de responsable scientifique.

 

Qu'appréciez-vous tout particulièrement dans l'exercice de votre profession ? Qu'est-ce qui vous donne envie de revenir chaque matin ?

 Ce que j’apprécie particulièrement dans ce métier, c’est de pouvoir rapprocher le monde scientifique (Institution Parc amazonien/Ministère de l’Environnement) et les communautés locales.

Je dois m’assurer que les populations soient actrices de leurs projets en rendant le discours scientifique compréhensible pour tous. Ce qui me donne envie de venir travailler tous les matins, c’est la sensation que je fais mon travail pour « quelque chose » de plus grand que moi, mais aussi pour cette idée, qu’un jour, les projets scientifiques seront proposés par les habitants eux-mêmes. Et puis, chaque jour est différent.

Quelles en sont les exigences ?

Il faut être disponible, avoir un bon relationnel et une grande ouverture d’esprit, bien connaître le monde de la recherche et le territoire guyanais. Il faut aussi aimer bouger, je passe le tiers de mon temps en mission scientifique en forêt ou sur le fleuve.

De plus, parler des langues étrangères est un gros avantage pour pouvoir communiquer avec d’autres scientifiques.

 

Quelles en sont les contraintes ? 

Le Parc amazonien représente un enjeu politique qui interfère malheureusement dans le domaine de la recherche scientifique et parfois dans la communication avec les habitants du territoire.

 

Quelles sont les qualités qu’il est souhaitable d’avoir pour exercer votre profession ?

Il est indispensable avant tout d’être humble, d’être très disponible, de respecter ses engagements, et de savoir s’adapter à différentes situations. Et puis, comme tout scientifique, il faut être curieux !

 

Quelles sont les évolutions de carrière possibles ?

Ce que je souhaite, c’est devenir médiatrice indépendante en créant une société de consulting et formation en médiation, ce qui reviendrait en fait à exercer un grand pan de mon activité professionnelle mais en étant indépendante.

Je souhaiterais également enseigner pour partie à l’Université de Guyane et dans d’autres institutions universitaires ce qui me permettrait de partager mon expérience en médiation.

 

Quel est votre parcours scolaire / Cette formation ?

J’ai été à l’école Jean Macé et au collège Zéphyr (l’actuel collège G. Holder) à Cayenne.

J’ai ensuite obtenu un Bac S spécialité physique/chimie au Lycée Léon Gontran Damas à Rémire-Montjoly.

Je suis ensuite partie en Classe Préparatoire au Lycée M. Berthelot en région parisienne.

Puis, j’ai intégré une école d’ingénieurs, l’ENSTIB (Ecole Nationale Supérieure en Technologies et Industries du Bois), dans l’Est de la France (Epinal). J’ai, dans le même temps, préparé un Master SBF (Science Bois et Forêt) à l’Université Henri Poincaré à Nancy

Je suis rentrée en Guyane où j’ai préparé un Doctorat de Chimie en Science du Bois à l’Université Antilles-Guyane mais au sein d’une entreprise (exploitation forestière KLR TP).

Quelles qualités avez vous développées pendant ces années pour réussir à suivre ce parcours scolaire / cette formation?

J’ai appris que ce qui compte, c’est de faire ce que l’on aime. Et que ce n’est pas parce qu’un cursus ( ou une profession) pour lequel (laquelle) on est formé(e) ne nous plaît pas ou plus, qu’on a échoué. Je suis devenue plus combative, j’ai développé mon esprit d’analyse.

 

Conseilleriez-vous le parcours scolaire / de formation que vous avez suivi ?

Pas tout à fait… Ou du moins, ça dépend pour qui et quel est le but. La CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles), est une bonne solution pour ceux qui savent qu’ils ne travailleront que s’ils sont poussés et qui peuvent développer une très bonne mémoire.

Je conseillerais aux jeunes qui veulent intégrer des filières « nature » ou « écologie » soit de se diriger vers un BTS Gestion Protection de la Nature et de faire une licence Pro Protection de la Nature (ou une licence de Biologie) puis un Master en Ecologie ou Forêt Tropicales Humides. soit de faire une CPGE après le BAC, puis une école d’ingénieurs type ENGREF (Ecole des Forestiers).

Et puis, si vous aimez plutôt le côté Homme / Nature et Développement, des écoles comme l’Institut des Régions Chaudes à Montpellier ou encore des formations master comme le master Man and Biodiversity sont faits pour vous.

 

Quelle est la difficulté majeure que vous avez vous rencontrée pour accéder à ce métier ?

La première difficulté que j’ai rencontrée était moi-même et la peur de ne pas être à la hauteur ! Par ailleurs, le domaine de l’écologie est un domaine dans lequel il n’y a pas beaucoup de guyanais.

Avez-vous douter quant à atteindre un jour votre but ? 

Non, car au fur et à mesure des années je me dis que si le but est fixé, le chemin n’est qu’un détail, qu’il soit long ou non. Et que le long de ce chemin, nous trouverons toujours des aides, des personnes, des signes montrant que nous sommes sur le bon chemin.

Quelle est la plus grande leçon que vous avez apprise dans le cadre de votre profession ? 

J’ai compris qu’il faut savoir rester humble. Je pars du principe que si quelqu’un ne comprend pas ce que je lui ai dit, ce n’est pas parce qu’il ne peut pas comprendre, c’est parce que je lui ai mal expliqué !

 

Que conseilleriez-vous à un étudiant/lycéen qui souhaiterait à terme, embrasser votre profession ?

Pour exercer cette profession, il faut aimer travailler sur le terrain, se déplacer souvent et aller à la rencontre d’autres cultures (scientifiques, institutionnelles et communautaires). Bien sûr, il faut également une solide formation scientifique.

 

Voyage dans le futur, nous sommes en 2025 ….  A quoi ressemble votre vie professionnelle ?

Je travaille dans le même champ, celui de la médiation, mais plus au Parc Amazonien, qui devient un partenaire.

J’ai une ONG ou une société de consulting en médiation pour travailler avec les communautés locales sur des projets scientifiques de développement.

Je dirige en parallèle une fondation qui permet aux jeunes de Guyane de pouvoir poursuivre des études tout en contribuant au développement de la société guyanaise.

 

Une anecdote personnelle liée à votre formation, votre parcours professionnel ou votre profession ? 

Le choc des cultures :

 J’étais en mission à Trois Sauts (village wayãpi sur l’Oyapock situé à 3 jours de pirogue de Cayenne).

Le soir venu, le chef d’un des hameaux nous invite, mon équipe et moi-même, à un « Cachiri »,

moment de partage entre habitants (le cachiri est également le nom d’une boisson amérindienne). Au beau milieu de cette  soirée très traditionnelle et pendant qu’une habitante nous servait un cachiri d’igname violet, un adolescent est arrivé, habillé à la mode hip-hop. Il a posé sa platine et sa sono au milieu du carbet puis  nous a proposé les derniers morceaux de musique de dance hall à la mode !!!

…. Ça m’a fait vraiment bizarre mais j’ai également réalisé à quel point je vivais une expérience vraiment exceptionnelle !!!

Merci Raphaëlle pour ce portrait !